Biodiversité à Cumières : Les secrets agroécologiques des vigneronnes et vignerons pionniers

8 mars 2026

L’éveil de la biodiversité sur les coteaux de Cumières

Aux portes d’Épernay, niché sur les bords doux et lumineux de la Marne, Cumières camoufle bien des trésors. Cette commune champenoise, d’à peine 900 âmes, a toujours cultivé sa différence : ici, la vigne ne se contente pas de pousser. Elle dialogue avec la rivière, les haies et les abeilles, portée par des vigneronnes et vignerons qui conjuguent exigence et poésie. Dans une Champagne souvent bousculée par les défis environnementaux, Cumières se distingue par une dynamique agroécologique aussi discrète qu’exemplaire. Mais quels gestes précis, quelles techniques pionnières ces femmes et hommes de la terre déploient-ils pour que la biodiversité s’invite entre les ceps et dans les verres? Installons-nous à l’ombre d’un vieux noyer et partons à la découverte de ces bulles de nature retrouvée.

Un village laboratoire : Cumières pionnière de la viticulture durable

Si la Champagne tout entière a pris le train de la transition écologique, Cumières a choisi la première classe. Depuis plus de quinze ans, on y expérimente, on s’y forme et l’on s’y engage pour redonner souffle à la faune et la flore. Village-pilote de la certification « Viticulture Durable en Champagne » dès 2014 (Comité Champagne), Cumières est fier d’arborer le label HVE (Haute Valeur Environnementale) sur près de 90% de sa surface viticole, contre une moyenne de 44% à l’échelle de l’AOC en 2022 (FranceAgriMer).

Ce dynamisme tient beaucoup à l’entêtement doux d’une poignée d’exploitations familiales et à l’arrivée en force de femmes vigneronnes, souvent en quête de sens et de transmission. Leur secret ? Une accumulation de pratiques agroécologiques qui font rimer biodiversité et identité.

Diversifier, régénérer, protéger : les piliers de l’agroécologie à Cumières

Le retour des « compagnons de la vigne » : les couverts végétaux et les haies

Difficile d’imaginer aujourd’hui les vignes de Cumières sans leur tapis de fleurs sauvages et de graminées : semer des couverts végétaux entre les rangs n’est plus une originalité, mais une évidence. Lupins, trèfles, vesces ou féveroles sont semés en hiver ou au printemps. Résultat ? Moins de ravinement du sol, une vie microbienne régénérée, des pollinisateurs aux anges – on recense, en 2022, près de 30 espèces différentes d’insectes auxiliaires sur les parcelles menées en agroécologie, contre à peine 10 sur les vignes en monoculture nue (Observatoire Agricole de la Biodiversité).

Les haies, arrachées dans les années 60-70, reviennent désormais ourler les parcelles. Laurier, aubépine, prunellier, noisetier : ces « clôtures vivantes » forment corridors écologiques et refuges pour les oiseaux, lézards, petits mammifères. Le Plan national de replantation de haies, piloté par l’INRAE depuis 2020, a inspiré plusieurs exploitations, qui réinstallent jusqu’à 300 mètres de haies par an sur Cumières. Une haie adulte abrite en moyenne 600 à 1000 individus de faune (vers, coléoptères, mésanges), contre moins de 100 pour un talus nu (INRAE, 2023).

L’enherbement maîtrisé : de l’alchimie sous les pieds

Nulle recette miracle, chaque vigneronne ajuste la couverture du sol à sa philosophie. Un enherbement permanent (graminées, légumineuses) sur la moitié des parcelles ; un enherbement temporaire sur les autres, fauché avant la montée en graine. Ce tapis vert réduit l’usage d’herbicides à presque zéro. Côté chiffres : Sur l’ensemble de Cumières, usage d’herbicides inférieur de 70% à la moyenne champenoise en 2023 (Comité Champagne).

Des alliés naturels au cœur des rangs : favoriser la régulation biologique

Hôtels à insectes, nichoirs et ruchers : toute une faune invitée à revenir

Dans certains domaines, la construction d’hôtels à insectes et de nichoirs pour mésanges ou chauves-souris a provoqué de vraies surprises. Une vigneronne confie avoir vu la population de forficules (« perce-oreilles », redoutables mangeurs de larves de tordeuses) doubler en trois ans. Plusieurs exploitants coopèrent avec la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) pour installer des refuges, ce qui a permis l’observation de quinze espèces d’oiseaux nicheurs en 2023, dont la rare huppe fasciée et le torcol fourmilier (LPO Champagne-Ardenne).

Les abeilles ne sont pas oubliées : là où la Marne flirte avec les coteaux, trois ruchers pédagogiques ont fleuri depuis 2020, perméables à la curiosité des promeneuses… et à la pollinisation des vignes et des herbes folles.

La « lutte biologique par conservation » : laisser faire le vivant

Moins d’interventions, plus d’observation ; voilà le crédo. On lutte contre la cicadelle (insecte ravageur) en favorisant araignées et coccinelles, on accepte volontiers la présence du syrphe, grand mangeur de pucerons. Le tout avec un minimum de traitements phytosanitaires, qui demeurent d’origine naturelle (huile de neem, décoctions d’ortie ou de prêle, soufre et cuivre réduits au minimum autorisé par le cahier des charges AB).

Sols vivants, sols nourris : le retour du compost et des amendements organiques

Cumières tisse sa toile patiente en renouant avec d’antiques pratiques : compost maison issu des marcs de raisin, apports de fumier de moutons de passage (eh oui, le pâturage itinérant commence à pointer son nez !), application de biochar à petite échelle… Ces interventions redonnent structure et fertilité aux sols, dont les taux de matière organique remontent doucement : +0,25% en moyenne annuelle observée entre 2019 et 2023 sur les parcelles conduites en conversion biologique (Pôle Champagne Viticulture Durable).

Quelques initiatives 100% Cumières à découvrir (et à soutenir !)

  • Champagne Georges Laval : pionnier de la biodynamie, ici on pince les yeux pour mieux voir l’invisible : cycles lunaires, tisanes et préparations fermentées, mais aussi fauche tardive pour protéger la faune printanière. À visiter lors des « Portes ouvertes Nature » au printemps.
  • Champagne Deneufbourg : mené en famille, conversion bio depuis 2012, restauration de mares pour accueillir tritons et libellules (oui, même la vigne aime les zones humides !).
  • Champagne Leclerc Briant (parcelles sur Cumières) : expérimentation de semis de bandes fleuries pour assurer une floraison continue de mars à septembre, et inventaire participatif des insectes en été, accessible à toutes les curieuses.

Femmes, biodiversité et transmission : un trio prometteur

Cumières doit aussi beaucoup à l’énergie sereine et féroce de ses femmes. Selon la Fédération des Vignerons Indépendants de Champagne, un tiers des exploitations du village sont désormais portées ou co-portées par des vigneronnes, souvent initiatrices de ces avancées agroécologiques. Pour elles, la biodiversité s’impose comme un héritage, mais aussi comme une aventure créative : inviter la coccinelle et la mésange, c’est rêver un autre rapport à la terre, plus attentif, plus joyeux, plus vivant.

Un chiffre à garder en tête : 82% des nouveaux projets de plantations de haies de la commune sont pilotés ou financés par des femmes depuis 2018 (Chambre d’Agriculture de la Marne).

Vers d’autres horizons : perspectives et inspirations pour la Champagne entière

À Cumières, la biodiversité se déguste à petits pas, au détour d’un chemin herbeux, dans le chant des rouges-gorges ou la floraison d’une bande mellifère. Ce sont ces gestes – semer, planter, observer, partager – qui redessinent lentement le paysage viticole. L’expérience du village inspire désormais les discussions régionales sur l’agroécologie, et de nombreuses vigneronnes du coin partagent leur savoir-faire lors d’ateliers ouverts ou lors des fameuses balades naturalistes du printemps.

Petit conseil à glisser dans l’oreille d’une amie : osez demander, lors de votre prochaine escapade en Champagne, à cheminer hors des sentiers battus de la route du Champagne. Parfois, une simple haie vive raconte bien plus que des discours ; et marcher sur une terre vivante, c’est déjà trinquer avec la biodiversité.

Sources : Comité Champagne, FranceAgriMer, INRAE, Observatoire Agricole de la Biodiversité, LPO Champagne-Ardenne, Pôle Champagne Viticulture Durable, Fédération des Vignerons Indépendants de Champagne, Chambre d’Agriculture de la Marne.

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