Caves et vignerons audacieux : portraits d’initiatives remarquables
Impossible de parler de Celles-sur-Ource sans évoquer les figures féminines qui bousculent le paysage local. Car c’est souvent sous l’impulsion de femmes – parfois néo-vigneronnes, parfois héritières d’un domaine familial – que l’expérimentation autour de l’élevage prend racine ici.
Marie-Noëlle Ledru : L’approche sensorielle du chêne
Marie-Noëlle Ledru, icône discrète de la Côte des Bar et dont le nom inspire le respect jusqu’au Japon, a su relancer l’utilisation de petits fûts bourguignons, mais pas seulement pour le folklore. Elle adapte la chauffe, sélectionne les douelles, et procède à des essais comparés entre fûts neufs, fûts de plusieurs vins, et demi-muids. Selon ses propres dégustations, « trois mois de trop ou de moins en fût et le vin ne murmure pas la même histoire ».
L’éveil minéral grâce aux amphores
Depuis 2017, plusieurs domaines – parmi lesquels Champagne Fleury et Champagne Dosnon – testent l’élevage en amphores de grès. Cette forme ancestrale, retrouvée grâce à une vague venue d’Italie et d’Espagne, intrigue : absence de marque boisée, micro-oxygénation subtile et respect du caractère cristallin des pinots noirs locaux. Chez Fleury, la cuvée "Boléro" illustre cette recherche de pureté : profil aérien, structure fine, et redécouverte de la salinité typique des argiles de l’Ource. (Source : La Revue du Vin de France, 2022)
Des œufs pour des bulles : la tendance béton
Autre approche, tout droit inspirée des vignerons du Languedoc et des biodynamistes, l’élevage en œuf béton débarque dans les caves de Celles-sur-Ource. Un exemple ? Le Champagne Chassenay d’Arce, coopérative phare du secteur, expérimente depuis 2015 différents contenants ronds : l’agitation naturelle du vin permet un élevage sur lies très « vif », donnant des cuvées d’une rare fluidité, où la bulle devient caresse.