Pourquoi les vigneronnes des Riceys l’adoptent-elles ?
1. Défendre la richesse et la singularité de leur héritage
Parmi les pionnières des vinifications parcellaires aux Riceys, on trouve souvent des femmes. Ce n’est pas un hasard. Les femmes ont cette intuition aiguisée de la diversité du vivant. Chez Valérie Frison (domaine Frison), la démarche s’inscrit d’abord dans la lecture sensible du terroir : “Au fil des saisons, tu comprends que chaque rang, chaque pente raconte sa propre histoire. Pourquoi gommer cette voix sous le couvert d’un assemblage ?” (source : Interview la Revue du vin de France, 2023).
- Environ 18 domaines sur 54 sont aujourd’hui dirigés ou co-dirigés par des vigneronnes (source : Champagne Terres & Vins, 2021)
- Près de la moitié ont initié des cuvées issues de parcelles distinctes en 2024
En privilégiant la vinification parcellaire, elles choisissent de mettre en lumière ce que le terroir a de plus pur : l’expression d’une pente, d’un âge de vigne, d’un sol argilo-calcaire ou d’un coteau exposé plein sud. C’est aussi une manière de valoriser leur patrimoine, souvent reçu de mères, de grand-mères dont la mémoire des terres était précieuse.
2. Répondre à la quête d’authenticité des amateurs
Aujourd’hui, les amateurs de Champagne et de Rosé des Riceys recherchent plus que des marques. Ils veulent du sens, du récit, sentir la “main qui fait le vin”. Selon une enquête réalisée par Vitisphère en 2023, 62% des acheteurs de cuvées spéciales déclarent privilégier les champagnes issus de vinifications spécifiques ou terroir-dépendantes. Les cuvées parcellaires deviennent des “petites séries” très prisées à l’export comme en France, valorisant le savoir-faire féminin et le goût de l’exception.
- Nombre de cuvées parcellaires chez des femmes aux Riceys en 2015 : 4
- En 2024 : Plus de 17, soit près de 75% de croissance en moins de 10 ans (source : Syndicat des vignerons des Riceys)
Le bouche-à-oreille est puissant : les dégustations chez des vigneronnes comme Élise Dechannes ou Nadia Louton font salle comble, et beaucoup d’entre elles affichent complet sur leurs cuvées dès leur mise en marché.
3. Respecter les équilibres naturels, s’engager pour demain
Chez les vigneronnes des Riceys, la vinification parcellaire rime souvent avec pratiques agro-écologiques. En vinifiant parcellaires, impossible d’ignorer l’état de santé de chaque sol, de chaque cep. Plusieurs sont certifiées en bio ou en conversion : Nadine Lagneau, par exemple, a fait le choix du zéro herbicide et travaille certaines parcelles à cheval.
- En 2024, près de 60% des domaines féminins sont engagés dans la transition écologique (agriculture biologique ou HVE)
- Plus de 70% recensent la biodiversité sur leurs parcelles vinifiées séparément
- Les vigneronnes de l’association “Femmes Vignes Champenoises” organisent des groupes d’observation et de partage sur la biodiversité intra-parcellaire.
Vinifier séparément, c’est aussi réduire le recours aux correcteurs œnologiques, mieux doser les intrants, et préserver des expressions pures sans standardisation. On goûte le fruit du travail, la météo de l’année, la force du vivant.